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Travailler dans une start-up: est-ce vraiment aussi cool ?

Travailler dans une start-up: est-ce vraiment aussi cool ?

Décontractées, modernes et innovantes ... Les start-up ont une image ultra positive. Parfois un autre regard, plus critique émerge : Mathilde Ramadier, 29 ans, a travaillé pendant 4 ans dans plus de douze start-up à Berlin. L'auteure de "Bienvenue dans le nouveau monde, comment j’ai survécu à la coolitude des start-up" nous raconte son expérience.

Fraichement débarquée à Berlin après des études en design graphique et philosophie, Mathilde commence à écrire des BD. Pour faire le pont entre deux contrats d’auteur, mieux s’intégrer dans sa nouvelle ville et progresser en allemand elle propose ses compétences de graphiste et rédactrice à des start-up. 

Tous manager dans une start-up ?

Une équipe jeune, un code vestimentaire relax, un open space souvent design et des afterworks le soir entre collègues… l'esprit start-up est bien loin de l’image classique de l’entreprise !

"Au premier abord les start-up sont plutôt séduisantes" reconnait Mathilde qui n’avait au départ aucun a priori quand elle décroche un poste dans une start-up du milieu de l'art.

Une fois passé l'excitation du début, Mathilde déchante rapidement. "On nous promet des responsabilités et des perspectives d’évolution rapides qui s’écroulent une fois en poste" regrette-t-elle. 

Le mot manager est présent dans presque tous les intitulés de poste. Exit les rédacteurs web, dans le jargon start-up on parle plutôt de content manager, le chargé de ressources humaines est appelé le People manager, le secrétaire chargé d’accueil devient Office manager et le Success customer manager n'est autre que le chargé de la relation clientèle. 

Mais la hiérarchie plate promise par l’esprit start-up semble n'être qu'une utopie pour Mathilde. "La hiérarchie horizontale cache en fait une hiérarchie pyramidale, les salariés sont fliqués en permanence et on se retrouve à faire toujours la même chose sans possibilité d'initiative" constate-t-elle. 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mathilde Ramadier ©Florian Sarges

 

 

 

 

 

 

 

Nourriture gratuite et ambiance cool contre beaucoup d'heures au boulot?

Le discours ambiant, médiatique ou politique, ne cesse de valoriser ces jeunes pousses qui se targuent d’offrir à leur équipe une nouvelle façon de travailler.

Bonbons gratuits, salle de pause équipée d’un baby foot et activités de team building participent à l’esprit start-up. Revers de la médaille : « à force d’avoir tout sur place on va finir par y travailler 12 heures par jour et notre vie tourne autour de ça jusqu’à gommer la frontière entre vie privée et vie publique » prévient-elle.

"On donne l’impression d’une grande famille mais en fait c’est faux" remarque Mathilde "ça maintient l’individu dans une sorte de culpabilité, on a tellement intégré l’idée qu’on est libre et qu'on s'amuse que ça devient dur de se rebeller"  pointe-t-elle du doigt. 

Contrats précaires, petits salaires et périodes d’essai à rallonge pour Mathilde

L’auteure reproche à ces jeunes entreprises d’imposer une grande précarité à leurs équipes. "Cette précarité est choisie par le CEO (le directeur général, ndlr), mais le problème c’est qu’ils embarquent souvent tout le monde avec eux" constate-t-elle devant le nombre de petites mains qui, confrontées à la crise, se donnent à fond en espérant secrètement une part du gâteau. 

Mathilde a enchaîné pendant quatre ans des petits contrats, des postes à temps partiels ou mal payés. Son contrat le plus long ? "Un CDD de six mois avec une période d’essai tout aussi longue" souffle-t-elle.

"A 25 ans, on ne recherche pas forcément la stabilité, cela peut même paraître excitant" reconnait Mathilde. Mais concrètement cette précarité peut donner lieu à des situations problématiques " perte de la mutuelle, problèmes d’accès au logement, déménagements à répétition pour aller de colocation en sous-location faute d’avoir des fiches de paie ou des garanties suffisantes"  prévient-elle inquiète.

Lire aussi notre article Trouver un appart quand on est en jeune et en CDD.

Emploi : en intégrant une start-up posez les bonnes questions   

Malgré le constat amer que dresse Mathilde, la jeune femme continue néanmoins de travailler en freelance pour quelques start-up...la preuve que toutes ne sont pas si dures. Avant de vous lancer, choisissez bien la vôtre ! 

A ceux qui souhaiteraient tenter l’expérience start-up, elle conseille de se poser certaines questions : "Demandez-vous si le manque de stabilité vous conviendra explique Mathilde. Bien souvent dans ce genre d’entreprise les CDI sont plus rares que les CDD, qui sont eux-mêmes plus rares que les stages". Elle ajoute : "si le contrat implique que vous ayez le statut de micro-entrepreneur renseignez-vous sur ce que ça implique afin de savoir si c’est ce qui vous correspond vraiment".

Pour en savoir plus sur le statut de micro-entreprneur.

En entretien posez des questions sur les missions qui vous seront confiées: "Derrière des noms mystérieux se cachent des réalités moins fun, j'ai souvent eu l'impression de brasser du vide" soupire Mathilde "Des postes ronflants sur le papier qui consistent en fait à remplir des bases de données".

Enfin, à ceux qui aimeraient monter leur boîte, Mathilde souhaite faire passer un message : " Soyez innovant car contrairement à ce qu'elles prétendent, peu de start-up le sont vraiment" regrette-t-elle. "L'autre jour j'ai vu une pub pour une énième société de livraison de repas, on se demande où est le potentiel d'innovation". Mathilde, qui considère que toutes les innovations ne sont pas forcément bonnes à prendre, va plus loin : "Profitez des talents qui vous entourent pour proposer un concept vraiment innovant mais surtout utile à la société !"

"Bienvenue dans le nouveau monde. Comment j'ai survécu à la coolitude des start-up", éditions Premier Parallèle, 16 €.

Laura El Feky

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