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Nadjib, à l'initiative de #NousSommesUnis : c'est l’expression d’une émotion et d’une solidarité

Nadjib, à l'initiative de #NousSommesUnis : c'est l’expression d’une émotion et d’une solidarité

En première année de master métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation (MEEF), Nadjib souhaite devenir professeur des écoles. Le jeune Toulousain est également membre de l’association Étudiants musulmans de France (EMF). Suite aux attentats du 13 novembre, il a réalisé le projet #NousSommesUnis.

Le soir du 13 novembre, j’ai allumé la télévision. Je ne croyais pas ce que je voyais. J’étais horrifié et sans voix. C’était comme si je vivais un cauchemar. Je regardais les événements se dérouler sous mes yeux et je savais que ça ne s’arrêterait pas. J’ai préféré aller dormir.

En me réveillant, j’ai ressenti beaucoup d’incompréhension. J’étais très en colère vis-à-vis de ces gens qui utilisent l’islam pour justifier leurs actes. J’ai eu besoin de relire la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen que j’avais étudié au cours de ma licence en droit. Pour canaliser mes émotions, j’ai écrit un texte et décidé d’en faire une vidéo.

Il est difficile de mettre des mots sur un événement comme celui-là

Suite à ces attentats, les autres membres de la section toulousaine d’EMF et moi avons décidé de nous réunir. Nous étions choqués. Il est difficile de mettre des mots sur un événement comme celui-là. Plutôt que de recueillir leurs témoignages, j’ai préféré filmer leur désarroi et leur tristesse. J’ai lu le texte et j’ai parlé de mon projet. Beaucoup ont souhaité participer.

Face à une telle folie, on ne peut que revenir sur ce qui nous unit

À travers cette vidéo, nous avons voulu exprimer notre solidarité aux victimes et à leurs familles. Le 13 novembre, c’est la France qui a été attaquée, dans ses fondements, ses piliers, ses valeurs. Face à une telle folie, on ne peut que revenir sur ce qui nous unit, c’est-à-dire notre culture commune ; dans cette culture, il y a la fraternité.

Nous avons mis en ligne la vidéo le 15 novembre sur YouTube. En 3 jours, elle avait déjà atteint les 400 000 vues. Beaucoup de personnes l’ont accueilli de façon positive et se reconnaissaient dans ce message fédérateur.

Certains n’ont pas compris la portée du message

Mais cela m’attriste car des personnes n’ont pas compris la portée du message. Certains ont cru que nous voulions nous excuser car nous étions musulmans. D’autres ont pensé que nous faisions du prosélytisme, que notre objectif était de banaliser le voile. Je peux comprendre que pour des yeux pas habitués voir des femmes voilées à l’écran peut choquer. Mais il s’avère que beaucoup de filles ont eu envie de participer à ce projet. Je n’allais pas leur interdire de le faire.

Il n’y a pas eu de victimisation, ni d’excuse, ni de prosélytisme. Cette vidéo est l’expression d’une émotion et d’une solidarité. 

Quand le monde s’arrête, il est important de montrer que nous sommes tous unis.

Quand il se passe quelquechose de grave,
nous ne pouvons pas rester neutres

EMF représente des étudiants musulmans mais c’est une association culturelle, non pas cultuelle. Elle n’est affiliée à aucune mosquée, à aucun courant particulier. Il y a, parmi nos membres, des musulmans et des non-musulmans. 

Notre rôle, c’est d’aider les étudiants, les jeunes. Nous faisons également des maraudes auprès des sans-abri dans les rues de Toulouse. Nous sommes portés par des valeurs humanistes, globales. Nous sommes pleinement engagés sur les questions de société. Quand il se passe quelque chose de grave, comme les attentats du 13 novembre, nous ne pouvons pas rester neutres. 

Dernièrement, une étudiante toulousaine s’est suicidée à son domicile. La responsable de la résidence a alerté la police au bout de 3 jours à cause de l’odeur. Je trouve dramatique cette atomisation sociale qui fait que quelqu'un meurt sans que personne ne s’en inquiète. Suite à ce drame, nous avons organisé une soirée pour inciter les gens à se rencontrer. 

Le plus important, c’est de briser les barrières et d’être solidaires

Nous travaillons en partenariat avec des étudiants catholiques toulousains sur un projet qui s’appelle le Collectif Nobody. Notre objectif est de recueillir 10 000 €. La moitié de cette somme permettra d’acheter des kits d'hygiène et des sacs de couchage pour les sans-abri, l’autre nous aidera à sortir un étudiant de la rue.

Comment j’envisage l’avenir ? Au niveau national, je reste inquiet comme beaucoup de citoyens français.  Mais localement, je suis confiant. Quand je vois toutes ces personnes aux profils si différents qui donnent de leur temps pour une cause sociale et humanitaire, je suis plein d’espoir.

Le plus important, c’est de se regarder dans les yeux, de briser les barrières et d’être solidaires. 

Isabelle Fagotat

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